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Collèges : rapport Chambre régionale des comptes

Monsieur le Président, chers collègues,

Permettez-moi, tout d’abord, d’avoir un regard assez critique sur ce rapport en tant qu’ancien professionnel de l’éducation nationale mais aussi de par ma formation d’économiste.

- Le rédacteur de ce rapport, dans ces comparaisons sur les résultats obtenus par les élèves dans les collèges publics et dans les collèges privés ne fait référence qu’aux taux de réussite au DNB (Diplôme national du brevet) comme indicateur de performance des collèges.

Aujourd’hui, les résultats au brevet sont loin d’être les seuls indicateurs de performance d’un collège. Il en existe bien d’autres comme les taux d’accès de la 6ème à la 3ème, les taux d’accès à la seconde générale le tout pouvant être pondéré par l’IPS du collège, indicateur utilisé depuis quelques années qui positionne socialement les élèves d’un établissement.

Tout cela pour dire que le rédacteur du rapport a une approche pour le moins réductrice des réelles performances des établissements.

- Deuxième remarque concernant le fil conducteur « économique » qui sous-tend les recommandations de ce rapport. Le rapporteur de ce rapport a bien appris ses leçons de micro-économie théorique en matière d’économie d’échelle. Quasiment toutes les recommandations, hormis celles relatives au PPI, prônent la réalisation d’économie d’échelle qu’il s’agisse des petits collèges, des synergies avec la région, de la restauration scolaire, de l’entretien et j’en passe.

Cette approche exclusivement financière n’est pas recevable. La recherche d’économie d’échelle a ses limites. Elle débouche dans de nombreuses situations à des déséconomies d’échelle. Par ailleurs, la recherche d’économie ne doit pas se faire au détriment des territoires. Nous savons ce qu’il en est pour une commune de la présence d’un collège sur son territoire lorsqu’elle est éloignée des centres urbains.

Enfin, si le rapport met en évidence une bonne maîtrise des coûts et un niveau de service important de la part de la collectivité, il ne fait qu’effleurer les enjeux de la réussite scolaire, en particulier celui de la mixité sociale dans les établissements. Les études montrent que la mixité sociale est un facteur de plus grande réussite pour les élèves les plus en difficultés. En ce sens, le rapport note que la densité de nos collèges couplée à la concurrence des collèges privés constitue un risque pour la mixité sociale.

Aujourd’hui, grâce à l’Indice de Position Sociale (IPS) des établissements scolaires, nous disposons d’un indicateur qui permet d’avoir une vision plus fine de la situation de la population scolaire.

Il nous faudra donc être attentif dans les années à venir aux évolutions de la mixité sociale. Nous avons à notre disposition pour la favoriser plusieurs leviers : la sectorisation des collèges, la répartition des collèges publics sur le territoire, l’offre pédagogique aux établissements.

Je vous remercie.

Alain CARIS