Discours de politique générale

 

Monsieur le Président, Cher-e-s collègues, 

Depuis notre dernière session de fin d'année 2021, c'est-à-dire il y a à peu près 3 mois, 2 faits majeurs ont marqué le paysage mondial et auront des conséquences importantes localement.  

Pour le premier nous venons de l’évoquer et adopter une motion commune, je reviendrais plus tard sur les conséquences de cette guerre pour nos concitoyens. 

Concernant le second événement, il est passé sous les radars du premier et de l’actualité électorale française mais il s’agit d’une l'alerte vitale, car il s’agit ni plus ni moins des conditions possibles de vie ou non de l'humanité à moyen terme. En effet, le volet 2 du sixième rapport du GIEC (« Impacts, Adaptation et Vulnérabilité ») a été publié le 02 Mars 2022. 

Je me permets d’en extraire les quelques enseignements majeurs : le rapport signifie que l’augmentation de la température moyenne va générer des évènements climatiques extrêmes qui iront au-delà des capacités d’adaptation des écosystèmes et des sociétés humaines. La vulnérabilité des humains et celle des écosystèmes sont interdépendantes, il faut œuvrer avec les écosystèmes et non contre. 

Autre point d’importance : Le GIEC insiste sur le fait que la vulnérabilité est déjà plus élevée dans les territoires touchés par la pauvreté. Les auteurs insistent sur la nécessité d'intégrer des solutions qui s'attaquent aux inégalités sociales. 

Au-delà de 2040, l'ampleur et le rythme du changement climatique et les risques associés dépendront fortement des mesures d'atténuation et d'adaptation mises en œuvre dès à présent. 

Nous le voyons, l'alerte est on ne peut plus sérieuse. Le Conseil départemental à travers son rôle de chef de file de la question sociale a évidemment un rôle primordial dans la lutte contre la pauvreté qui est pointé comme un facteur de fragilité des sociétés face aux conséquences du changement climatique.   

L’autre message est que département doit également travailler à adapter notre territoire au changement climatique qui vient. 

Un des points mis en avant est l’importance des écosystèmes dans leur rôle d’atténuation des phénomènes extrêmes. Il est donc clair que la préservation de ceux-ci est un enjeu majeur et doit entrer dans une stratégie forte du département. Nous aurons l’occasion de le faire à travers le futur schéma départemental des espaces naturels sensibles qui doit être défini cette année pour les 10 années à venir. Au vu de ces alertes, il faudra allouer des moyens extraordinaires alors que jusqu’à présent ils étaient clairement trop faibles d’un point de vue financier et humain. Je rappelais ici qu’au rythme actuel l’ensemble des espaces considérés comme à protéger dans le Morbihan ne le seront que dans trois siècles bien loin des 20 ans qui nous sont donnés par le GIEC. 

C’est aussi pour cela que nous vous proposerons une bonification en fonction de critères écoresponsables des aides au développement territorial, j’en ai justifié l’impérieuse nécessité climatique mais Rozenn Métayer le détaillera dans la session qui vient.  

J’en viens aux conséquences du conflit pour nos concitoyens, la flambée des prix de l’énergie nous rappelle notre dépendance à travers les énergies fossiles aux régimes autoritaires et dictatoriaux.  

Agir concrètement pour diminuer nos consommations énergétiques, développer des productions locales nous permettra de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, être plus autonome et donc résilient face aux sursauts du monde c’est concrètement également créer de l’emploi local. Le GIEC le réclame, la situation géostratégique nous interpelle dramatiquement, changeons de braquet : isolons les bâtiments, développons massivement des alternatives à la voiture individuelle, permettons au plus grand nombre de se loger à proximité de leurs lieux de vie, développons des énergies renouvelables. Le département peut agir sur l’ensemble de ces points. 

Cette double urgence nous appelle à changer de rythme et fortement.  

Mais ces changements de politique prendront du temps, dans l'hypothèse optimiste où nous en prendrions le chemin.  

Et s’il faut regarder à long terme il faut aussi dans le même temps répondre au quotidien, à celles et ceux qui aujourd’hui face à la flambée des prix de l’énergie et des matières premières voient leurs dépenses contraintes exploser !  

La précarité énergétique touchait 12 Millions de français avant la flambée des prix, concrètement ce sont des personnes qui ne se chauffent pas, vivent dans des appartements froids et humides, ce sont des enfants malades tout l’hiver. Ce sont celles et ceux qui contraints d’aller habiter loin des centres urbains à cause de la hausse continuelle du prix de l’immobilier, se retrouvent étranglés aujourd’hui par la flambée des prix du carburant.  

Vous auriez dû lors de cette session nous proposer en urgence de revoir les barèmes du FSL en augmentant le montant des allocations ! Nous pouvons augmenter le barème du plafond maximal des ressources, pour s’aligner par exemple sur celui de l'Ille-et-Vilaine, ce qui permettrait d’accompagner un maximum de Morbihannais. Nous pouvons aussi augmenter le plafond maximal de l’aide apportée. Enfin, nous devons travailler sur un certain nombre d'ajustements de nos dispositifs pour un réel accès à cette aide qui n’est pas suffisamment sollicité (réduction des délais de dépôt des pièces justificatives, possibilité de déposer un dossier avec une évaluation sociale rapide, etc.). 

Rien ne nous est proposé c’est une faute quand tant de Morbihannais au moment où l’on se parle sont déjà en mode fin de mois incapable de savoir comment boucler le budget familial.

Que prévoyez pour les populations les plus fragiles du territoire, 1/5 des jeunes dans le Morbihan vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Ils se retrouvent aujourd’hui encore plus fragilisés, je pense au-delà de l’énergie au renchérissement des produits alimentaires, allez-vous continuer au nom d’un dogme celui du non-assistanat ou que sais-je à considérer qu’il n ' y a toujours rien à faire en la matière. Ou est ce qu’enfin il est possible et pourquoi pas à titre expérimental, du fait de cette période exceptionnelle d’imaginer une Allocation Jeunesse ? La période nous oblige tous à faire évoluer notre point de vue sur un ensemble de choses. Je ne peux croire que seul ici rien ne changerait ? 

Le renchérissement du coût de la vie s’ajoute pour beaucoup à 5 années de stagnation des salaires, de mépris affiché par le gouvernement pour les premiers de corvée. C’est pour moi l’occasion au nom du groupe d’afficher un soutien aux manifestants du domaine du social et du médicosocial réuni ce jour devant le conseil départemental qui se sont révélées des maillons clés de la société dans la crise sanitaire qui s’achève peut-être. Leurs demandes sont légitimes envers l’État et nous les soutenons. Il nous faut aussi trouver les moyens d’un soutien en Morbihan 

Cette session sera aussi l’occasion d’adopter le Compte administratif 2021. Vous allez nous tenir un discours d’autosatisfaction considérant ce département comme bien administré avec des comptes sains.  

L’excédent budgétaire a bondi à 89 millions d’euros contre 55 millions d’euros l’année passée, 34 millions supplémentaires en une année donc ! Mathieu Glaz vous dira plus en détail l’analyse que nous faisons de ce compte administratif.  

Mais d’ores et déjà je peux vous dire que nous trouvons que quand partout les signaux sont au rouge, quand les scientifiques nous interpellent sur le retard pris en matière d’adaptation au changement climatique, quand bon nombre de nos concitoyens sont anxieux d’un quotidien où les dépenses contraintes consomment l’entièreté du budget ou presque…

Nous trouvons nous qu’il ne s’agit pas d’une bonne gestion mais au contraire que ces capacités financières non utilisés sont une faute d’impréparation face par exemple au vieillissement de la population, face à l’appauvrissement grandissante des plus fragiles ou face à un monde que nous avons bouleversé par notre inaction climatique. 

Allez-vous continuer à jouer ce jeu des estimations excessivement prudentes, alors que nous pourrions anticiper des recettes plus sincères et dimensionner un budget plus ambitieux en conséquence ? Malheureusement le Budget Primitif adopté en décembre nous a déjà donné la réponse. Les décisions modificatives de milieu d’année pourraient permettre enfin d’en rétablir la trajectoire.  

Nous vous avons donc proposé, fidèles à la volonté d’être utile aux Morbihannaises et Morbihannais, au-delà de l’aide d’urgence à l’Ukraine sur laquelle nous avons convergé et que nous saluons. 

3 propositions majeures :

-       Un FSL (fonds solidarité logement) revalorisé et plus accessible,

-       Une Allocation Jeunesse,

-       Une Bonification écoresponsable pour les aides au développement territorial.  

Je vous remercie. 

Damien GIRARD

 

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