Discours de politique générale

 

Monsieur le Président, Cher-e-s collègues,

Ce moment des discours de politique générale est l’occasion de regarder au-delà des seuls enjeux départementaux. Et autant dire qu’en ce moment il devient difficile de s’affranchir du débat national qui prend de l’ampleur en vue des élections présidentielles de l’année prochaine. 

Au sein du Groupe de Gauche et Écologistes nous sommes inquiets de voir ce sur quoi porte le débat et de l’ambiance dans laquelle est plongée notre pays. Notre pays est morcelé, la période Covid a tendu les rapports, clivé les situations, renforcé les inégalités. Le rôle du politique est de donner une vision, l’incarner afin de faire société et permettre un destin commun. Depuis quelque temps, l’instrumentalisation des misères et le cynisme de quelques candidats de la droite extrême et de l’extrême droite pousse à ériger une partie de nos concitoyens en boucs émissaires 

Nous ne pouvons pas nous résoudre à ce que la France s’enfonce dans cette extrême droitisation des idées politiques, j’imagine Monsieur le Président que vous en conviendrez. Vous aviez tenu à mettre en avant la mémoire de deux résistants lors de notre dernière session. Nous ne pouvons commémorer l’histoire, nous recueillir en mémoire de ceux qui ont dit non et ne rien dire quand cette même famille d’idées pointe de nouveau dans le débat public. Il y a par exemple des théories racistes telles que le « grand remplacement » qui sont validées par un ensemble de personnalités politiques.  

Nous savons qu’il y a, à l’occasion de primaires qui de fait sont des moments renforçant les radicalités, quelques tentations de jonction avec des idées extrêmes. 

Il est temps et je l’espère ici, que nous partageons toutes et tous cette vision de mettre un cordon autour des partis républicains et que ces idées n’ont pas leurs places ici. 

Mais comment expliquer qu’à ce point ces idées progressent dans la société, que notre pays soit à ce point devenu perméable au rejet de l’autre, à la stigmatisation de communautés entières ? L’une des explications est à notre sens que l’insécurité et la peur du déclassement sont des inquiétudes qu’il suffit d’exacerber pour en faire un outil de propagande politique. La façon la plus efficace de lutter contre la montée des idées d’extrême droite et de la fracturation de notre société est donc de travailler à sécuriser les plus fragiles… Et le département étant le chef de file de la question sociale, nous sommes les mieux placés pour mettre en place des politiques publiques qui répondent à ces enjeux. Nos interventions suivront ce fil rouge : quelles sont les politiques publiques à déployer, à renforcer, à encourager qui permettent de refaire société et éviter cet embrasement en cours. 

En effet, il y a encore trop de nos concitoyens qui connaissent des fins de mois de plus en plus difficiles. Nous pouvons le constater dans les mairies, dans les CCAS, dans les CMS. Le taux de pauvreté reste haut, l’aménagement de nos territoires éloigne parfois des services publics. 

D’un autre côté, nous le savons, les guerres et le dérèglement climatique provoquent des mouvements migratoires principalement entre pays de Sud, un peu vers l'Europe et marginalement vers la France. C’est l’honneur de la France quand elle se mobilise pour accueillir les réfugiés au regard de la question humanitaire et de solidarité. Notre pays a le moyen de le faire. Partout sur nos communes, dans nos villes, des associations et des citoyens se mobilisent pour accueillir dignement. Il est important de les saluer et de dire à quel point leur action est admirable. 

Nous ne pouvons pas tolérer la tragédie et les situations de détresse humaine que nous observons. Il n’y a pas de hiérarchie des misères à opérer et nous devons combattre la grille de lecture posée par l’extrême droite. 

Nous l’avions expliqué lors de la dernière session, et nous le ferons à nouveau aujourd’hui. Il est possible de faire plus tout en ayant une gestion financière saine et responsable. 

Vous prévoyez des recettes de 130 millions d’euros de DMTO. Mais, nous considérons, en faisant une estimation prudente, basée sur la moyenne des deux dernières années (2020 et 2021) que nous pouvons anticiper des recettes supplémentaires autour de 160 millions d'euros et par conséquent redimensionner nos recettes de fonctionnement et notre budget global.

Ces 30 millions d’euros supplémentaires nous donnent une marge de manœuvre sans toucher au niveau de l’endettement. 

Les associations souffrent beaucoup, certaines luttent pour survivre, d’autres essaient de se débrouiller tant bien que mal. Elles participent, avec leurs bénévoles et salariés, à la vitalité de nos territoires. Nous vous proposons de les aider tout en aidant les jeunes morbihannais ! Nous vous proposons, à nouveau, de mettre en place un « bonus associatif » auprès des collégiens. Concrètement, 60 euros accordés aux collégiens qui s’inscrivent dans une association sportive ou culturelle, et 80 euros pour les élèves en situation de handicap.  

Une autre proposition : l’expérimentation d’un RSA Jeunes ou d’une aide spécifique pour les jeunes. Des dispositifs existent, mais ils ne sont pas suffisants. Le département de la Gironde s’est lancé dans cette expérimentation, la Métropole de Lyon également.

C’est une question d’égalité des chances, notamment pour les étudiants qui ne bénéficient pas d’aides familiales et qui doivent travailler.

Les résultats de plusieurs études montrent que l’occupation d’un emploi régulier réduit très significativement la probabilité de réussite à l’examen de fin d’année universitaire.

C’est aussi une question de dignité face à l’urgence sociale de nombreux jeunes, devant laquelle nous ne pouvons pas nous dérober, encore cette semaine le secours populaire à Lorient alertait sur des étudiants qui vivent avec moins de 1 € par jour. Nous savons que la précarité et l'insécurité, avec ses conséquences (santé, mobilité...), sont des freins à l’insertion sociale et professionnelle. 

Autre chantier majeur la question du logement : 

Près de 19 000 morbihannais sont en attente d’un logement social c’est-à-dire qu’ils passent une grande partie de leur temps à chercher un logement à un coût abordable et en bon état, le Département doit être au rendez-vous ! Nous serons attentifs à ce que la nouvelle structure publique en germe qui naîtra de la fusion des 3 offices soit au service d’une politique volontariste. 

Autre enjeu : le volet agricole, la demande d’une alimentation et d’une agriculture de proximité et de valeurssont fortes. A l’instar du Conseil départemental du Finistère, nous vous proposons la mise en place d’un Plan Alimentaire de Territoire (PAT). C’est aussi un enjeu majeur au vu de la baisse du nombre d’exploitations agricoles et des départs à la retraite massifs dans les années à venir. Les retombées seraient nombreuses : en termes d’emplois, d’alimentation en circuits courts, de santé, de qualité de l’eau, de préservation de la biodiversité autant de domaines de compétences du Département. 

Ce PAT est un travail de long terme qui permet après 3 ans de concertation avec tous les acteurs de la filière de dérouler un plan d’actions sur 5 ans avec des subventions conséquentes de l’État. 

En matière de biodiversité et dérèglement climatique c’est le grand absent de ce budget primitif : pas assez d’ambition en termes de rénovation thermique, de développement des énergies renouvelables dans les collèges, rien sur l’adaptation au changement climatique sur ce dossier. Il va falloir passer de la parole aux actes, j’y reviendrai entre autres sur les Espaces Naturels Sensibles.

 

Damien GIRARD

Président du groupe de Gauche et Écologiste

 

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