Discours de politique générale

Monsieur le Président, Cher-e-s collègues, 

Lors de mon premier propos, en début de mandat, au mois de juillet dernier, j’évoquais les enjeux qui selon nous caractériseront le mandat à venir et notre élection. L’un des marqueurs de la dernière élection aura été l’abstention qui a alors atteint des valeurs inédites. 

Les raisons en sont multiples : contexte sanitaire bien sûr, désenchantement du politique évidemment mais l’une des raisons est aussi que le mille-feuille institutionnel fait que peu de monde connait les compétences d’un département. Sur ce dernier point, nous pouvons agir en faisant que le département et son action soient plus visibles. 

Cela passe notamment par la proposition que je vous ai faite Monsieur le Président dès notre première rencontre : mettons en place des débats de session filmés et retranscrits en direct. C’est nécessaire si nous voulons intéresser et rendre accessible ce que nous faisons. 

L’autre levier que nous avons en notre possession est de donner à voir des débats de qualité, dans le respect de toutes les convictions, sans caricature ou facilités verbales. J’ai le sentiment qu’en ce début de mandat nous sommes collectivement au rendez-vous. 

Mais pour continuer à avoir des échanges de qualité, il nous faut les documents et informations utiles en temps et heures. Nous ne pouvons découvrir en commissions des présentations et des données, cela ne nous permet pas de travailler en amont ce qui est indispensable à la qualité des échanges. Nous en avons parlé Monsieur le Président en amont de cette session, nous espérons que les choses changeront à l’avenir.  

Nous espérions avec votre élection Monsieur le Président, comme nous vous l’avions dit lors de la première session, un tournant au niveau des politiques départementales, avec un département à l’initiative et allant davantage vers ceux qui en ont le plus besoin. Vous-même vous évoquiez qu’il serait celui du social.  

Dans ce premier exercice de débat sur les orientations budgétaires, la première question pour nous a été de savoir si vous changiez les règles du jeu ! A savoir mettre fin à cette prudence budgétaire qui parfois confine à l’insincérité. 

Pour mémoire, l’épargne brute ou la capacité d’autofinancement brute présentée au budget primitif de 2021 (en décembre 2020 avant notre élection) était de 44 millions d’euros, pour être finalement de 156 millions d’euros d’après les estimations qui sont faites. Admettez que cet écart de 112 millions d’euros entre la prévision d’autofinancement brute et la réalité est anormal.

Il faut trouver un juste milieu, sinon, comment débattre sérieusement ? Nous pensions que cette période s’était éteinte avec votre arrivée, il n’en est rien ! 

Ainsi, dans la construction de ces débats d’orientation budgétaire vous continuez à prendre les hypothèses très prudentes, voire extrêmement prudentes par exemple sur les DMTO que vous estimez à 130 millions d’euros pour 2022. Pour rappel, elles seront d’au moins 180 millions d’euros cette année contre une prévision de 100 millions d’euros lors du budget primitif adopté en décembre 2020.

Vous nous présentez en réalité une partie seulement du budget, on peut estimer qu’au minimum quelques 80 millions d’euros sont en réserve et seront constatés au cours de l’année. 

On sait que les DMTO peuvent évoluer relativement rapidement à la hausse ou à la baisse, on peut aussi raisonnablement estimer que l’État à terme vienne y prendre son obole. 

Je ne vous reprocherai donc pas d’avoir une approche long terme relativement prudente face à ce type de rentrées fiscales, mais à l’échelle d’une année il n’y aura pas de grosse surprise et le département est suffisamment sain budgétairement pour subir une année de rentrées fiscales un peu moins élevées qu’anticipé. 

Ici, repartir pour un écart à priori à plus de 80 millions d’euros soit au moins 15 % des dépenses de fonctionnement du département pose question. 

Plusieurs solutions sont envisageables pour conserver une approche raisonnablement prudente tout en étant plus sincère et plus pragmatique. 

D’abord anticiper sur des entrées de DMTO 2022 au même niveau que 2021 soit au moins 180 Millions d’Euros car la dynamique immobilière s’accélère plus qu’elle ne se tasse. 

-  Mais prévoir une série de politiques publiques qui seraient alors soit de l’investissement, soit expérimentale permettant de suivre un éventuel retournement de tendance à moyen terme. 

-  L’autre solution approchante serait de prévoir une série d’investissements en réserve et déployables au fur et à mesure des constats de rentrées fiscales. Notre département se positionnerait alors en collectivité stratège plutôt que de reproduire la situation de cette fin d’année où une série de mesures sont en réalité de l’ordre du saupoudrage tous azimuts permettant ainsi de vider des caisses outrageusement pleines.   

Nous voulons un département bien géré certes, mais stratège, numéro 1 dans la lutte contre la pauvreté et l’action en faveur de l’écologie.  

Nous en arrivons à vos 4 priorités, en tout cas celles affichées en début de document. 

- Protection de l’enfance,

- Maison Départementale de l’Autonomie,

- Schéma cyclable des mobilités douces,

- Domaine de Kerguéhennec.  

Concernant la protection de l’enfance, nous partageons cette ambition, vous inscrivez 80 Millions d’Euros soit 4 Millions de plus qu’en 2021.  

Concernant la Maison Départementale de l’Autonomie. La situation est très insatisfaisante. Là où vous évoquez des progrès dans certains domaines, nous y voyons un service qui s’est dégradé avec des délais moyens de traitement trop longs et qui ont augmenté entre 2019 et 2020. Le bilan de votre majorité n’est pas bon sur ce sujet. Vous évoquez des enjeux d’organisation que nous pensons réel mais très clairement il y a également des moyens humains à renforcer vous ne l’évoquez pas ! 

Concernant le schéma des mobilités douces nous serons très intéressés à en suivre les avancées et les conclusions, ce schéma est nécessaire. Mais il ne s’agit pas pour cette année d’un sujet à positionner dans les priorités d’orientations budgétaires car c’est sa mise en œuvre à partir de 2023 qui consommera des finances. Peut-être est-il indiqué là pour dissimuler que sur la question de la transition écologique, il n’y a pas grand-chose à mettre en avant ? Pourtant et je l’évoquerai dans le cadre du rapport développement durable il nous faut mettre les bouchées doubles si nous voulons être au rendez-vous des défis du siècle. 

Permettez-nous de vous dire qu’il manque quelques priorités que je détaillerais assez peu mes collègues le feront dans leurs différentes prises de paroles :  

- Vieillissement de la population, qui a été au cœur du débat des départementales, où la situation n'est pas bonne. L’État et le département n'ont pas anticipé par le passé et aujourd’hui nous manquons de structures. Nous avons besoin de multiplier les places en Ehpad  (même si on sait qu’il y a une négociation compliquée à conduire avec l’ARS) et également tous les outils intermédiaires qui accompagnent le vieillissement de la population. Il y a une grande urgence à créer des places EHPAD sur le pays de Lorient en complément des restructurations qualitatives des structures existantes. Il faut aussi prendre en compte la pénibilité des métiers et le  nécessaire renforcement en moyens humains en EHPAD où la dépendance connait des niveaux jamais atteints. Malheureusement, la dernière information concernant le volet vieillesse en date sur le Morbihan est la fermeture annoncée de l’EHPA (Établissement d’ Hébergement d’accueil pour les personnes âgées) de Lorient ! Quand on connaît la difficulté à ouvrir de nouvelles structures, la difficulté d’obtention des agréments, le département devrait être au rendez-vous pour accompagner les collectivités afin de conserver ce que nous avons déjà !  

- Biodiversité et changement climatique : les budgets dédiés aux Espaces Naturels Sensibles sont constants alors que lors de la dernière session j’évoquais l’urgence à agir pour participer à lutter contre l’effondrement du vivant. J’espère que le schéma départemental des ENS qui sera redéfini en 2022 pour 10 ans marquera un changement d’ambition en la matière. L’un des enjeux à venir également est le processus « zéro artificialisation nette » le département pourrait accompagner, développer une stratégie innovante en coordination avec l’ensemble des collectivités du territoire. 

Priorité citoyenne : Comme je l’ai indiqué au début de mon discours nous devons tout faire pour lutter contre cette désaffection de la question politique et démocratique, travailler sur la mise en place de budget participatif y compris modestement à l’échelle des collèges y participerait.  

Pauvreté : 1 Morbihannais sur 8 vit sous le seuil de pauvreté. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de la légère baisse des bénéficiaires du RSA, nous devons mettre en place des dispositifs qui permettent aux personnes d’accéder à leurs droits et ainsi construire un parcours d’insertion de retour vers l’emploi. Les prix de l’énergie s’envolent, nous devons requestionner les dispositifs existants : les critères du FSL (Fonds Solidarité Logement) sont-ils au bon niveau par exemple ? 

Vous l’aurez compris, tout en ayant une bonne gestion, nous pensons qu’il est possible de faire mieux et plus en matière d’écologie et social au service des Morbihannaises et des Morbihannais.

Damien GIRARD

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