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Discours de politique générale - Novembre 2023

 

Monsieur le Président, chers collègues,

Nous ne pouvons pas commencer cette session sans dire un mot sur la situation au Moyen-Orient.

Si nous avons condamné dès le premier jour et sans réserve les attaques terroristes du Hamas contre Israël, les exécutions, les massacres et les prises d’otages du 7 Octobre. Si nous avons aussi témoigné de notre solidarité au peuple israélien et continuons d’exiger la libération immédiate de tous les otages, si nous affirmons le droit d’Israël à pouvoir vivre en paix et le droit à se défendre.

Nous ne pouvons de la même façon que condamner l’État d’Israël pour un ensemble de faits qui constituent manifestement une réponse disproportionnée, des crimes de guerre générant massacre de civils et de jeunes enfants dans des proportions innommables. Nous ne pouvons aussi que constater que la France est devenue inaudible, le président de la République changeant d’avis en fonction du dernier interlocuteur rencontré.

Chaque vie compte. C’est pourquoi nous plaidons pour l’ouverture de négociations et pour un cessez-le-feu le plus rapidement possible, pour la levée totale du blocus illégal de Gaza. L’envoi d'enquêteurs de la CPI (Cour pénale internationale) pourrait être une solution permettant d’enquêter de manière neutre et indépendante, sur les crimes de guerre qui sont en cours.

Rappelons-nous de la position historique de notre pays qui était et doit rester (malgré les difficultés et l’influence des régimes iranien et qatari) : la reconnaissance de deux États souverains vivant côte-à-côte en sécurité. C’est la seule issue qui permettra d’assurer la sécurité d’Israël et un avenir au peuple palestinien. Les Israéliens, les Palestiniens ont le droit de vivre en paix.

Un mot aussi sur le climat national, nous ne pouvons que constater, affligés, le glissement d’une partie de la droite dite républicaine vers l’extrême droite. Sur l’examen de la loi immigration, nous observons un véritable manque de rationalité et des orientations politiques qui sont prises, sans s’établir sur des réalités économiques, sociales ou démographiques. La suppression de l’AME en est le symbole.

Pourtant, l’exemple espagnol nous le démontre : l'Espagne a restreint l'aide médicale aux étrangers en situation irrégulière en 2012. Mais, au regard des conséquences sanitaires et économiques jugées mauvaises, le pays a finalement fait volte-face et est revenue à une couverture de santé universelle pour les étrangers en situation irrégulière.

Je sais et j’ai vu dans votre majorité que des avis divergeant existent en la matière l’occasion de saluer celles et ceux qui tiennent bon face au vent mauvais du populisme, qui ne perdent pas leur humanité quand il est tentant de rejoindre ceux qui crient avec les loups.
Pour tout dire, pour avoir côtoyé des exilés, sur les camps de Calais, de Grande Synthe ou ici dans le Morbihan, je connais les parcours, les douleurs de devoir s’arracher à son pays d’origine. Je connais la difficulté des parcours, parfois, trop souvent, la perte d’êtres chers en méditerranée ou dans les parcours d’exils. Quand on s’est intéressé intimement au parcours de ces personnes, on ne peut avoir qu’un sentiment face à ce type de lois : le dégoût.

Personne ici ne dit qu’il faut accueillir toute la misère du monde, à notre sens la crise est d’abord celle de l’accueil car en définitive notre pays accueille relativement peu. Moins que les autres pays européens en moyenne. Vous allez nous citer les pays nordiques qui ont réglé le problème de l’extrême droite en appliquant les lois que l’extrême droite souhaite mettre en place. Clairement il ne s’agit pas d’une victoire mais d’une défaite morale.

 

J’en terminerai sur le volet national par le renouvellement de l’autorisation du glyphosate qui s’est faite au niveau européen avec le soutien implicite de la France. C'est irresponsable, on satisfait les lobbies, contre notre santé, contre la santé de nos agriculteurs, contre l’environnement et la biodiversité qui s’effondre. Nous avons toutes les connaissances pour décider, les études indépendantes sont claires, seules celles payées par les industriels permettent de douter, à qui avons-nous décidé de faire confiance ? Après l’amiante, les PCB (polychlorobiphényles), le tabac, le diesel, plus récemment les PFAS (polluants éternels), le chlordécone, l’on reproduit la même erreur, celle d’écouter les industriels plutôt que les scientifiques indépendants. Nous nous intoxiquons et décidons de continuer à le faire, il ne faudra pas s’étonner, demain de la montée continue des cancers en population générale et pire encore dans la population infantile.

Notre irresponsabilité est immense.

J’en viens au local, vous en avez parlé, vous proposez votre texte concernant la décentralisation en réaction à celui de la région Bretagne. Boris LEMAIRE partagera tout à l’heure la position de notre groupe au moment de l’examen de ce bordereau.

J’en viens maintenant à la situation de notre département, dans le cadre des orientations budgétaires. Constatons que nous avons les capacités pour agir. En 2024 et dans les années à venir, nous devons renforcer le service public auquel nous n’accordons pas tous la même attention. Les incendies de l’année dernière et les tempêtes de cette année nous en rappellent l’importance. Le service public est gage de qualité, de réactivité et donc de résilience. Nous avons salué et remercié la force de l’engagement des agents du service public qui étaient sur le terrain, notamment pour dégager les routes départementales, après les passages des tempêtes Ciaran et Domingos.

Nous avons donc été d’autant plus surpris, Monsieur le Président, de découvrir, il y a quelques jours à l’ordre du jour du Comité Social Territorial (dans lequel nous ne siégeons toujours pas) la suppression de postes d’agents des routes.

La mobilisation de nombreux agents vous a fait reculer, tant mieux. Si nous sommes bien sûr favorables à l’arrivée de solutions techniques pour améliorer l’efficacité et le confort des postes de travail, ils ne doivent pas justifier la suppression de postes qui nous ont été bien utiles lors des derniers phénomènes climatiques extrêmes qui sont appelés malheureusement à se reproduire.

J’en viens à un sujet récurrent, qui occupe les préoccupations de bon nombre de Morbihannaises et Morbihannais et génère beaucoup de débat : le logement. Nous avons salué lors de la dernière session l’adoption d’une stratégie départementale de l’habitat, nous avons indiqué que cela marquait une inflexion positive mais qu’un réel plan départemental de l’habitat concerté avec l’ensemble des territoires manquait. Des moyens nouveaux sont mis en œuvre, tant mieux, vous misez tout sur l’opérateur monopolistique Morbihan Habitat, stratégie qui nous semble risqué et pas adapté aux spécificités et à la diversité de nos territoires et de leurs besoins et donc aux désirs des maires.

Lors du dernier congrès des Maires du Morbihan, chacun a pu constater que les besoins en logement sont aussi nécessaires au Nord de la RN 165. La présidente de Morbihan Habitat l’a constaté à ses dépens, essuyant la désapprobation de bon nombre d’élus locaux.

Vous le savez, il y a eu un nombre inédit de démissions de maires et d’élus locaux depuis le début de mandat (735 élus locaux depuis les municipales de 2020 – 15%), alors n’ajoutons pas un sujet supplémentaire à ces difficultés et à ce mécontentement.

La situation en Morbihan est encore plus tendue que chez nos voisins, encore ce jour dans le Télégramme un article sur la question des soldes migratoires en Bretagne confirme que le Morbihan est le département qui attire le plus de retraités (4 300 en 2019, soit 37% des 11 600 retraités arrivés en Bretagne). Nous n’avons évidemment pas de problème avec ça mais si cela se fait ce qui est le cas au détriment des jeunes actifs, c’est un sujet. Nous devrions y accorder des moyens encore supérieurs, mettre en place des dispositifs spécifiques, nous redisons ici le besoin par exemple de revoir à la hausse la dotation aux foyers jeunes travailleurs. Nous devons aussi mieux répondre aux besoins des plus précaires et les plus modestes qui sont les plus touchés et ne trouvent plus où se loger ou vivent dans des passoires thermiques.

 

Dernier sujet, celui de l’île de Berder. La justice est passée, le projet d’hôtel et nous nous en réjouissons ne pourra voir le jour, il est temps de mettre tous les acteurs sur le chemin du dialogue.

Le Conseil départemental du Morbihan nous semble toujours légitime pour inviter à se mettre autour de la table Le groupe Giboire, Monsieur Le Maire de Larmor Baden et le conseil municipal, GMVA, la Région Bretagne, le Conservatoire du littoral, le Parc naturel régional du Golfe du Morbihan ainsi que les associations concernées.

 

Damien GIRARD - Président du groupe de Gauche et Écologiste