Discours de politique générale
Boris Lemaire
27 mars 2026
Un monde en tension, un territoire en résistance
Depuis décembre 2025, la situation internationale s’est encore dégradée, confirmant que 2026 s’annonce comme une année de tensions extrêmes.
La guerre en Ukraine reste un conflit ouvert, marqué par des attaques russes continues et une Europe divisée, tandis que les tensions sino-américaines autour de Taïwan s’intensifient. Je ne parle pas du Soudan. Le récent conflit depuis 28 jours entre les États-Unis, Israël et l’Iran plonge encore dans une nouvelle dimension l’humanité.
Le gouvernement Israëlien et l’administration Trump mettent littéralement le feu au Proche et Moyen-Orient sans aucune perspective réelle d’amélioration et de projet démocratique pour les populations locales.
En conséquence, la fragilité du modèle économique mondial se fait jour, notamment face à la dépendance aux ressources énergétiques : les chocs sur les prix de l’énergie issus, les ruptures d’approvisionnement et la transition encore trop faible vers les énergies renouvelables exacerbent les inégalités et menacent la stabilité des États. Et dans tous les cas, ce sont toujours les plus fragiles de toutes les sociétés qui en paient le prix.
Dans ce contexte, l’Europe, fragilisée par des gouvernements instables et des divisions internes, peine à trouver une réponse unie. Ces défis rappellent l’urgence d’une solidarité renforcée, d’une souveraineté stratégique et d’un engagement résolu pour la paix, la stabilité et la justice économique.
Analyse des élections municipales 2026 : un appel à l’unité et à l’action.
A notre niveau départemental, notre groupe tient tout d’abord à saluer toutes les candidates et candidats aux élections, nous félicitons tous les élus municipaux du Morbihan.
En France, les élections municipales de mars 2026 ont confirmé une réalité inquiétante : la gauche, malgré son ancrage populaire, paie le prix de ses divisions. En Morbihan, comme ailleurs en France, ces scrutins ont révélé des fractures territoriales profondes, une abstention record (42,18 %) et une progression insidieuse de l’extrême droite, notamment dans les zones rurales et les villes moyennes. Ces résultats ne sont pas une fatalité, mais un appel urgent à repenser notre action collective.
Un constat sans concession : des victoires locales, un échec global
La droite a consolidé son emprise sur les grandes villes du département (Lorient, Vannes, Auray), tandis que l’extrême droite a progressé là où le désengagement de l’État et le recul des services publics ont laissé un vide politique. De gauche, de centre et de droite, des victoires et des défaites, en réalité en Bretagne c’est le centre qui sort vainqueur de cette séquence électorale. Pourtant, la gauche reste la première force en voix (9,2 millions au niveau national).
L’abstention et l’extrême droite : deux faces d’une même crise
L’abstention massive, surtout chez les jeunes et dans les petites communes, reflète une défiance envers la politique. Dans ce contexte, le Rassemblement National avance, exploitant la peur, le sentiment d’abandon et les fractures territoriales. Nous nous désolons du glissement de la droite républicaine et des alliances décomplexées avec l’extrême-droite qui se sont produites sur certains territoires, Nice en étant l’exemple le plus emblématique.
Les municipales 2026 sont un avertissement. Dans ce contexte, notre groupe reste déterminé et combatif pour porter les sujets qui impactent la vie quotidienne des Morbihannaises et des Morbihannais.
Cette session est l’occasion de s’attarder sur différents dossiers majeurs pour notre territoire, avec notamment le vote du Compte Financier Unique qui vaudra une prise de parole de notre collègue Mathieu Glaz. Alain Caris s’exprimera sur le Schéma de Promotion des Achats Socialement et Écologiquement Responsables, notre collègue Catherine sur les sujets de la commission n°3.
Le plus essentiel d’entre eux pour l’avenir, la Politique de l’eau. L’eau, cette molécule si simple, est un bien commun, vital et par conséquent notre santé, notre économie, et notre identité. Grâce à notre retour dans les CLE (Commission locale de l’eau ) et à l’action du SATESE (Service d’Assistance Technique à l’exploitation des Stations d'Épuration) et de l’ASTER (Animation et suivi des travaux en rivière), nous protégerons mieux encore nos rivières. Mais avec seulement un tiers de nos masses d’eau en bon état, l’urgence est là pour la santé des habitants et des écosystèmes. Agissons ensemble pour une gestion ambitieuse, solidaire et exemplaire : notre avenir s’écrit goutte à goutte.
Un autre enjeu majeur pour les années à venir est au cœur du quotidien de nos concitoyens : Le logement.
La Stratégie Départementale de l’Habitat 2024-2030 du Morbihan affiche des résultats encourageants en matière d’agréments (ou autorisation à construire), avec +59% ; ce qui ne présage pas toutefois de l’augmentation réelle de l’offre dont nous aimerions avoir les chiffres .
Mais cette stratégie comporte trois limites majeures. D’abord, sa dépendance aux partenariats financiers (titres participatifs, EPCI) la rend vulnérable aux aléas budgétaires, comme le montre le lissage des investissements. Notre collègue Rozenn y reviendra tout à l’heure.
Ensuite, cette stratégie risque d’aggraver les inégalités territoriales, les zones rurales et insulaires bénéficiant de moins d’attentions que les pôles urbains.
Enfin, alerte inquiétante selon nous, pour la rénovation énergétique et la lutte contre l’habitat indigne dans le parc de logements privés qui peinent à avancer dans ce domaine, les programmes ont été suspendus. Sans correction, ces fragilités pourraient limiter l’impact d’une stratégie par ailleurs ambitieuse.
Notre collègue Rozenn Métayer détaillera ce sujet.
Des équilibres territoriaux qui restent donc à ajuster, comme on le voit dans d’autres politiques.
Le nouveau Schéma départemental des randonnées 2026-2037, doté de 2,5 millions d’euros par an, structure 7 300 km d’itinéraires pour en faire un levier économique, d’inclusion et de transition écologique. Il renforce la coordination avec les intercommunalités et promeut un tourisme responsable. Cependant, pour garantir son succès, il faudra veiller à équilibrer les investissements entre le littoral et l’intérieur des terres afin de ne pas laisser les aléas climatiques ou les inégalités territoriales compromettre cette belle ambition. J’y reviendrai tout à l’heure.
Je ne m'étends pas sur la Politique en faveur de l'accueil familial où l’équité territoriale est aussi un enjeu, notre collègue Catherine interviendra.
La relance du Programme de Solidarités Territoriales, semble bienvenue pour les communes morbihannaises. Alors que la hausse des DMTO depuis 8 mois — liée à un marché immobilier encore dynamique — finance aujourd’hui ce dispositif, la détérioration du contexte international (tensions géopolitiques, inflation résiduelle) pourrait fragiliser le niveau de cette fiscalité à moyen terme. Nous nous interrogeons cependant sur l’adéquation des taux de solidarité départementale au calcul ancien avec les disparités territoriales croissantes. Une réflexion s’impose pour pérenniser l’équilibre et l’efficacité du modèle.
La stratégie Bas-carbone est une obligation pour une collectivité de notre taille pour formaliser notre contribution strictement obligatoire à la décarbonation de nos activités humaines. Le travail porté de manière très professionnelle par le service montre de façon inéluctable que la trajectoire de +4°C d’ici la fin du siècle sera maintenant notre lot.
Les actions portées vont dans le bon sens et nous permettent de nous projeter dans l’avenir. Mais la seule question qui vaille est : Ces actions seront-elles réellement suffisantes pour rester sous les +4°C ?
Ce sujet est au coeur de beaucoup de nos prises de paroles et parfois raillées et souvent minimisées dans cette enceinte, nous continuerons car les faits sont têtus et nous donnent raison.
En conclusion, notre groupe, déterminé, continuera de porter une alternative claire. Le défi est immense et notre réponse sera à la hauteur de nos valeurs de gauche : Le Morbihan ne sera pas un territoire abandonné aux reculs sociaux et écologiques – nous en ferons un exemple de résistance et d’espoir. C’est notre engagement, c’est notre combat.


