Discours de politique générale
Boris Lemaire
Général
28 septembre 2026
L’urgence comme horizon
Mesdames et Messieurs les élu·e·s, Mesdames et Messieurs, pour ouvrir cette session avant de rentrer dans un bilan estival et un discours de rentrée, je veux m’accrocher à l’actualité très récente que nous avons vécue tous, plus ou moins, j'imagine, mais en tout cas, qui est importante..
Ce 28 septembre, l'association #MendorsPas, fondée par Caroline Darian, lance avec Gisèle Pelicot, sa mère, la première campagne nationale de sensibilisation à la soumission chimique — ces crimes dont les victimes ne gardent aucune mémoire.
Hier soir à Lourdes, le Pape Léon XIV a rencontré sept victimes de violences sexuelles dans l'Église et leur a déclaré : « Je m'engage pour que ce mal ne se reproduise plus ». Ces mots, nous devons les faire nôtres. Car ce mal, a pour écho, dans notre département, la condamnation il y a onze jours à Vannes de l'ancien directeur d’une école privée morbihannaise à quinze ans de réclusion pour viols et agressions sexuelles sur une trentaine d'enfants de 6 à 9 ans. Trente familles morbihannaises meurtries, dans un établissement catholique, précisément là où les enfants auraient dû être le plus en sécurité.
À l'heure où les crises économique, écologique et sociale se multiplient, nous ne voudrions pas que ce sujet soit oublié. Le département y a toute sa place en renforçant ces politiques dans les collèges, et surtout ceux de l’Aide Sociale à l’Enfance, dont nous avons rencontré il y a quelques semaines des représentants dans nos bureaux, ce midi devant les grilles de l’Hôtel du Département et qui seront pour partie en grève demain non pas par plaisir, mais par nécessité.
La protection de l'enfance, vous en avez parlé, les 34 postes créés l'ont aussi été par nécessité, car des cures d'austérité précédentes avaient pu rendre ce service quelque peu fatigué.
Vous notez aussi que nous recrutons, mais il faut voir le niveau de rotation qu'il y a dans ces équipes, dont le métier est de plus en plus dur, et que l'attractivité financière ne suffit pas. Le niveau d'organisation pour améliorer la protection de l'enfance est vraiment important.
La protection de l'enfance, les moyens de services publics et le soutien aux associations qui accompagnent les victimes ne sont pas des compétences parmi d'autres : elles sont de ces solidarités qui doivent être le combat de toutes et tous.
Revenons donc au bilan de cet été depuis notre dernière session.
Nous sommes réunis aujourd’hui dans un département où, souvent dans cette enceinte vous vantez le paradis qu’est le Morbihan et où à vous entendre, tout semble bien aller. Les indicateurs socio-économiques sont meilleurs qu’ailleurs en France, c’est un fait, les associations culturelles, sportives et sociales ressentiraient moins qu’ailleurs les stress budgétaires de leurs financeurs, les projets s’enchaînent, et l’on pourrait croire que le Morbihan est une île de prospérité, préservée des tempêtes qui secouent le pays et le monde.
Mais permettez-moi de vous le dire avec gravité : ne serions-nous pas sur le Titanic? L’orchestre joue, les convives dansent, et pourtant, la proue du navire a déjà heurté l’iceberg. L’urgence climatique n’est plus une menace lointaine, c’est une réalité qui frappe à notre porte. Les étés caniculaires, les sécheresses à répétition, la raréfaction de l’eau, la précarité énergétique… Autant de signes que le modèle sur lequel nous avons bâti notre société n’est plus viable.
Et pendant ce temps, l’inflation ronge le pouvoir d’achat des Morbihannaises et des Morbihannais. Les plus précaires, bien sûr, mais aussi les classes moyennes, ces familles qui triment chaque mois pour joindre les deux bouts. Quand le prix de l’alimentation, du logement ou de l’énergie explose, quand les APL fondent comme neige au soleil, quand les travailleurs seniors ou les jeunes étudiants basculent dans la pauvreté, c’est toute la cohésion de notre territoire qui se fissure.
Les associations qui sont en première ligne de cette crise elle-même en souffrent dans leurs moyens humains et financiers. Nous vous avons déjà alerté sur cette situation à de nombreuses reprises ici-même.
Et je le dis sans détour : ce n’est pas la faute des individus, c’est l’échec collectif d’un système qui a oublié de protéger les siens.
1. L’urgence climatique : le département doit montrer l’exemple
Un plan collège ne serait pas un luxe, c’est une nécessité pour nous adapter à la nouvelle donne des canicules en période scolaire. La plupart des bâtiments nouvellement créés sont souvent de très bons bâtiments pour conserver la chaleur, mais en été cette fois-ci, la chaleur reste. Sauf que quand elle atteint 35 degrés dans les salles, c'est plus compliqué.
Réviser les critères du PST pour intégrer la rénovation énergétique des bâtiments publics, à commencer par les écoles, afin d'aider encore plus les communes qui souhaiteraient véritablement travailler avec cette ambition.
La décarbonation par l’électrification de notre société n’est plus une option, c’est une obligation. Le schéma départemental bas carbone, notre stratégie départementale bas carbone, nous emmène sur une voie intéressante, mais je pense que le Département doit accélérer la transition énergétique de ses propres infrastructures : flottes de véhicules, bâtiments, éclairage public.
Vous avez parlé du SDIS, nous avons eu cette discussion également. Sur les 800 000 euros dont vous parlez, il y a une part qui est mécaniquement liée à l'augmentation du prix du gasoil. Les bâtiments, l'éclairage public, des choses qui se font, mais qui devraient aller beaucoup plus vite eu égard à l'urgence qui est devant nous.
Nous devons être exemplaires, car comment demander aux citoyennes et aux citoyens, aux entreprises, aux agriculteurs que nous soutenons également dans cette période difficile de sécheresse qui continue. Comment donc demander à tous ces citoyens de faire des efforts si nous ne le faisons pas nous-mêmes ?
Je sais que nous sommes sur cette route, mais nous devons aller plus vite.
Quant au thème dont vous avez parlé et que vous avez développé, qui nous anime particulièrement, la pluie s'est arrêtée et elle était bien agréable, mais assez vaine compte tenu de l'enjeu.
La situation ressource en eau en 2026 est exceptionnelle. Oui si l’on regarde dans le rétroviseur, mais si l'on regarde devant nous, tous les climatologues nous le disent, il sera la norme d'ici 10 à 15 ans, peut-être même dès l'année prochaine, puisque finalement, El Niño semble vouloir faire perdurer cet état difficile dans lequel nous sommes.
Alors, la politique de l’eau, révisée en mars 2026, pose une question fondamentale : Sommes-nous capables de faire de la disponibilité et de la qualité de l’eau une condition préalable à tous nos choix d’aménagement ? Que ce soit les aménagements publics, mais aussi notre aménagement du territoire au sens large, avec une agriculture qui retienne l'eau dans les sols, une industrie qui soit encore plus sobre, à défaut de ne pouvoir complètement se passer d'eau, et également le tourisme.
La réponse doit être oui, ça doit être un élément préalable, mais elle doit aussi être radicale.
En 1976, nous avons déjà vécu une sécheresse et nous avons passé le cap. Oui, mais en 1976, le département comptait 565 000 habitants, nous sommes dorénavant près de 800 000. Et l’usage de l’eau quotidienne n’est plus la même, vous parlez régulièrement de vos aînés du côté de Sarzeau, il ne sera fait offense à personne ici, de dire que nous n'utilisons pas l’eau de la même manière que nous aînés qu’ils fussent riche ou pauvre.
106 l / jour / habitant en 1975 et 148 aujourd’hui.
Qui nettoyait sa voiture, son bateau et remplissait sa piscine en 1976 ?
Je vous laisse faire le calcul : rien que sur l’usage domestique, nous avons doublé en 50 ans notre quantité d’eau prélevée.
Ceci est sans compter l’usage industriel, agricole et touristique (quasiment 500 000 visiteurs chaque été) qui lui aussi est en très forte augmentation entre maintenant et il y a un demi-siècle.
C’était notre naissance à nous deux, mais qu’en est-il donc de ceux qui naissent aujourd’hui.
L’urgence climatique, c’est aussi une urgence sociale. Les ménages les plus modestes sont les premiers touchés par la hausse des coûts de l’énergie. Électrifier, isoler, rendre sobre : ce sont des leviers pour réduire les inégalités.
Mais la production d’une électricité propre est évidemment urgente. Vous avez demandé à la Commission permanente de s'exprimer sur le sujet des éoliennes en mer.
Même si j'ai bien compris, et mes collègues également, le point de vue s'agissant de la protection de l'environnement, il n'empêche que chaque projet de production d'électricité amène toujours des impacts.
Et la réponse qui est : Pas chez moi ou pas assez de besoins n'est pas cohérente. Puisque même si nous devons baisser notre consommation d'énergie, il nous faut en revanche, et c'est écrit dans notre stratégie bas carbone, augmenter notre production d'électricité propre de manière extrêmement importante.
Et les territoires qui devraient accueillir des éoliennes sur terre, des méthaniseurs pour faire face à l'absence de ces éoliennes en mer, seraient extrêmement nombreux sur le territoire.
J'espère que le département sera au soutien de ces futurs projets, si jamais ça devait être le cas, car il y aura aussi des impacts sur la population de ces territoires plus ruraux, souvent, qui accueillent ces éoliennes et ces méthaniseurs.
2. L’urgence sociale : protéger celles et ceux qui nous protègent
L'urgence sociale, puisque l'urgence climatique ne va pas sans l'urgence sociale, c'est protéger celles et ceux qui nous protègent. Donc au-delà des remerciements aux sapeurs-pompiers professionnels,
sapeurs-pompiers volontaires, aux personnels administratifs, techniques et spécialisés du SDIS 56, qui ont fait face aux incendies et aux diverses difficultés de cet été, le rôle des services publics est évidemment crucial.
Et au-delà de ces remerciements, nous avons effectivement porté un vœu que nous étudierons en fin de séance. Mais d'ores et déjà, je pense que les services d'incendie et de secours
méritent un soutien franc et massif. Leur engagement au service de la population est indispensable et leur revendication est évidemment légitime.
Il y a des possibilités que le gouvernement n'a pas ouvertes, qui nous semblent être intéressantes, et qui pourraient inspirer d'ailleurs d'autres politiques pour lesquelles l'État est en difficulté.
Une refonte de la fiscalité des assurances ou de la taxe de séjour pour les SDIS pourrait être quelque chose d'intéressant, puisque, au moins sur les assurances, nos personnels des sapeurs-pompiers des SDIS font face à une urgence, et donc ils répondent à un sujet qui touche les assurances.
Protéger ceux qui nous protègent, c'est le premier devoir d'une collectivité, je le disais, et donc nous avons déposé ce vœu, et je vous remercie d'avoir pu en discuter et trouver un terrain d'entente.
3. L’urgence politique : recentrer nos actions sur l’essentiel
Face à ces défis, nous devons faire des choix clairs. Le Département a des compétences cœur de solidarité : Aide sociale à l’enfance, lutte contre la pauvreté, accompagnement des personnes âgées, des personnes en situation de handicap. Mais aussi en matière de logement, avec l’enjeu de l’accès pour tous, notamment dans les zones rurales où la pénurie est criante.
Notre département, même s’il reste en dessous des chiffres Bretons ou Nationaux, subit une hausse significative du chômage et de la pauvreté. Dans les poches de Vannes et de Lorient aussi bien que dans les zones rurales, la hausse de personnes sous le seuil de pauvreté augmente pour atteindre 21% du côté de Lorient.
Ces missions de solidarité ne sont pas négociables. Pourtant, aujourd’hui, nous dispersons nos efforts et nos finances dans des projets qui, aussi louables soient-ils, ne répondent pas toujours à l’urgence sociale et écologique.
L’augmentation de la pauvreté est là en zone rurale et urbaine. Les français font des arbitrages -30% de consommation d’essence et de gasoil entre les 10 premiers jours de septembre et les 10 jours suivants. Quand aurons-nous le courage de porter nous aussi des arbitrages ?
Nous étudierons dans le Rapport n°8 le Stade Allainmat à Lorient. Nous saluons l’ambition sportive et environnementale du projet, mais nous devons interroger l’équité territoriale de tels financements. Quand une commune bénéficie de 10,2 millions d’euros pour un stade, qu’en est-il des autres territoires, notamment ruraux, qui manquent cruellement de logements sociaux, de structures d’accueil pour les personnes âgées ou en situation de handicap ? Où sont les arbitrages ?
Sur le logement notamment, la Maîtrise d’Ouvrage d’Insertion (MOI) avec Soliha est une piste à creuser. 4 communes, 16 logements… C’est un début, mais c’est insuffisant lorsqu’on sait que le délai d’attente pour un logement social est de plus de 14 mois et qu’une demande sur 8 seulement était satisfaite en 2025. Le Morbihan pourrait – devrait – devenir pionnier en structurant une filière bretonne de la MOI, avec des financements revalorisés pour les territoires ruraux, comme c’est déjà le cas pour les îles. Le logement, c’est la première brique de l’insertion. Sans lui, pas de stabilité, pas de dignité.
4. Conclusion : Le temps des arbitrages
Mesdames et Messieurs,
Le Titanic a coulé, mais nous avons encore le choix : continuer à danser, ou sauver le navire. L’urgence climatique, l’urgence sociale, l’urgence démocratique exigent que nous agissons maintenant.
Priorisons nos dépenses vers les compétences qui font la solidarité de notre territoire.
Soutenons sans réserve celles et ceux qui nous protègent, au premier rang desquels les sapeurs-pompiers.
Accélérons la transition énergétique du Département, pour montrer l’exemple et réduire les inégalités.
Innovons dans nos réponses au logement et à l’insertion, sans laisser personne de côté.
La vie est peut-être plus douce ici qu’ailleurs, mais nous ne pouvons plus nous voiler la face. Les Morbihannais et Morbihannaises attendent de nous du courage, de la clarté, et des actes.
Alors, à nous de jouer. Pas pour l’orchestre, mais pour l’avenir.


