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Discours de Politique Générale

Rozenn Métayer

Discours de politique générale

26 juin 2026

Monsieur le Président, Chers collègues,


Aujourd’hui, je veux vous parler d’enfance et de jeunesse.


Dans cette assemblée, nous avons parfois des désaccords profonds, mais il est un sujet qui nous rassemble toutes et tous : la protection des enfants.


Qui voulons-nous protéger ?


Au-delà de la méthode, du comment protéger, il est une question peut-être plus fondamentale encore : qui voulons-nous protéger ?


Cette question résonne particulièrement dans l'actualité, dans les conflits qui traversent notre monde. L’année dernière, le cardinal Zuppi récitait les noms des 16 enfants Israéliens, et des 12 211 enfants Palestiniens, recensés et ayant perdu la vie lors 10 premiers mois du conflit. Cette année, l’école de Minab, une école de filles de 7 à 12 ans a subi les premières frappes israélo-américaine sur l’Iran, 168 personnes dont une grande majorité de petites filles y ont péri. Au Liban, depuis un mois, sont déplacés chaque jour en moyenne 19 000 enfants en âge scolaire suites au conflit entre le Hezbollah libanais et Israël. Ils sont 5 millions a avoir été déplacés au Soudan au cours des trois dernières années, le pire conflit humanitaire à l’heure actuelle.


Les conflits qui secouent le monde nous rappellent chaque jour que les enfants sont toujours les premières victimes des violences des adultes.


Plus près de nous, le drame qui a frappé la jeune Lyhanna démontre s’il le fallait, qu’en France aussi, la protection de l'enfance ne peut jamais être considérée comme acquise. Sa médiatisation et la mobilisation qui a suivi appelle à un sursaut. Si la protection de l’enfance est délaissée par nos politiques publiques il s’agit plus largement d’un problème de société.

Comme l’a démontré la Ciivise dans son rapport de 2023, basé sur le témoignage de 30 000 personnes en France victimes de violences sexuelles dans leur enfance :

  • cette violence est une réalité : elle concerne plus de 5 millions d’adultes en France, 160 000 enfants chaque année, 8 rois sur 10 victimes d’un membre de la famille

  • cette violence se construit sur un déni collectif : le refus de voir cette réalité

  • cette violence pose une question fondamentale : qui voulons nous protéger ? l’agresseur ou l’agressé ?

Je veux reconnaître au nom de mon groupe les avancées et les investissements engagés par notre Département en matière de protection de l’enfance. Les besoins restent pourtant considérables, avec un pilier essentiel : la prévention, pour agir avant de devoir punir ou guérir.


Prévenir pour protéger c’est pourvoir aux besoins primaires, comme se loger.


La prévention passe par différentes modalités d’accompagnement de la parentalité, mais elle passe aussi par le fait de maintenir des conditions de vie décente pour nos concitoyennes et concitoyens. Car la dégradation de ces conditions de vie est un réel facteur d’aggravation en protection de l’enfance.


Cette dégradation se lit par exemple en Morbihan comme sur le plan national par l’augmentation de la précarité, des problématiques de santé mentale, de la dégradation des services publics. Elle s’exprime très concrètement ces dernières années par l’augmentation significative du nombre de nouveaux-nés pris en charge dans nos pouponnières, en saturation. Ou encore par une délinquance de plus en plus jeune qui mériterait un renforcement des dispositifs de prévention spécialisée.


Cette dégradation émane de politiques publiques délétères, au coeur desquelles les politiques du logement. Les Lois Kasbarian sapent les moyens du logement social face à une lame de fond : en Morbihan les demandes, toutes confondues, ont augmenté de 40% en 5 ans, pour atteindre 22 332 demandes début 2025. Les conséquences d’un marché de l’immobilier débridé et de la baisse du pouvoir d’achat : des expulsions en hausse, rapportées par tous les acteurs du territoire tels que l’ADIL56 ou la Fondation pour le logement 56.


Le Département lui-même semble se désengager progressivement de certaines de ces missions :

  • suspension du dispositif d’aide à la rénovation du parc privé pour les propriétaires pauvres,

  • suspension de l’adaptation du logement,

  • le dysfonctionnement de la commission départementale de conciliation des rapports locatifs

  • une refonte de la gestion de l’habitat indigne qui manque de clarté pour les acteurs du secteur.

C’est ainsi, Monsieur le Président, que l’on vient saturer un peu plus encore nos services de protection de l’enfance : des parents qui ont les ressources éducatives pour élever leurs enfants se les voient parfois retirés simplement parce qu’ils n’ont plus de logement.


Vous reconnaissez cette forte tension en matière de logement dans le rapport n°8, vous actez la consommation totale des aides au logement social locatif public dès le premier semestre, et choisissez de réinvestir 2,5 millions d’euros pour y faire face. Nous saluons cette décision. Nous regrettons tout autant une politique du flux tendu, selon la demande. La crise est bien installée, pourquoi ne pas planifier plus en amont ?


Prévenir, c’est anticiper.


L’inaction a un coût


Parlons également du coût de l’inaction.


Car nous sommes face à un cercle vicieux et une double peine pour les enfants victimes de violences sexuelles et d’inceste : un quart des enfants passés par l’Aide sociale à l’enfance sont des adultes sans domicile fixe, souffrent de problématiques de santé, de santé mentale, de besoin en insertion et en accompagnement. Le coût de l’inaction calculé par la Ciivise pour la prise en charge des futurs adultes victimes de violence est de presque 10 milliards d’euros chaque année au niveau national.


La Décision modificative présentée pour l’année 2026 montre à nouveau, une bonne santé financière du département. Mais pour quels services publics rendus ? Pour financer quelles priorités ? Mon collègue Mathieu Glaz et moi-même y reviendrons.  En effet, vous réactivez des programmes de plusieurs millions, celui de l’aide aux communes, 30 millions, l’aide au patrimoine privé, la rénovation de Kerguehénnec, 6 millions. Alors pourquoi diminuer de 150 000 euros les aides alimentaires aux jeunes via le Fonds Départemental d’Aide aux Jeunes, déjà fragilisées sur le plan national et régional ? Ma collègue Catherine Quéric y reviendra. Vous souhaitez Monsieur le Président, renforcer l’accompagnement des jeunes issues de l’ASE. Mais nous savons que nombre d’entre eux bénéficient des programmes d’insertion dont le FDAJ. Il nous semble donc absolument incohérent d’affaiblir ce dispositif. Accepteriez-vous de revenir sur cette décision ?


Crises climatiques, géopolitiques : quel avenir voulons-nous laisser à nos enfants ? Poursuivons les efforts.


J’en viens aussi à un sujet qui ne concerne pas moins nos enfants : le dérèglement climatique et l’avenir que nous voulons leur laisser.

Le département a engagé des démarches importantes que nous saluons, avec le Plan départemental bas carbone, le Schéma de promotion des achats socialement et écologiquement responsables, des recrutements opportuns. Ces efforts doivent se poursuivre. Nous saluons également la nouvelle convention cadre avec l’UBS 2026-2028 qui contient justement des axes de collaboration sur les enjeux climat et littoral.


Pourtant, le chaos climatique est déjà là, le réchauffement à plus de 1,5° prévu initialement en 2100 puis 2040 est bel et bien installé aujourd’hui. Chaque jour paraît historique : plusieurs décisions modificatives concernent le financement des réparations suite aux dégradations provoquées par des intempéries historiques cet hiver. Ce printemps, nous vivons des canicules d’une avance historique : les 40 degrés étaient atteints en France le 18 juin alors qu’il y a 2 ans ils l’étaient à la mi-juillet. Parmi les conséquences : un réchauffement historique des océans, et un phénomène el Niño bien plus important à venir que lorsqu’il avait provoqué la tempête Ciaran.


Ces conséquences ne portent pas seulement sur la biodiversité, sur notre santé, sur notre alimentation. Elles ont aussi un coût financier.


L’impact économique à venir de ces désastres, sur les finances-mêmes du Département, est colossale. En Finistère, 100 000 foyers étaient hier privés d’électricité suite à l’explosion d’un site RTE, interrompant les stations d’épuration, l’accès aux plages. Quel sera en Morbihan le coût de la prochaine tempête Ciaran, de la prochaine tempête historique sur nos ports, sur nos littoraux ? Sur l’emploi, les besoins en insertion, en accompagnement ?


Lorsqu’on agit dans l’urgence, alors que la crise est déjà là : quel avenir laissons-nous à nos enfants ? Comment le financerons-nous lorsque les coûts ne seront plus supportables ?


Vous nous avez parfois tourné en ridicule face à nos recommandations et nos alertes. Personne ne pourra nous dire que nous avions tort. Le Président Chirac lui-même en 2002 l’annonçait : “notre maison brûle et nous regardons ailleurs”.


Dans notre Morbihan, à l’heure où nous parlons, les enjeux concernant l’agriculture et l’élevage face au changement climatique sont immenses. La chaleur dans les hangars fait mourir les animaux par centaines de tonnes dans le Grand ouest, avec des services d’écarrissages débordées, forçant l’enfouissement.


Il ne s’agit donc pas seulement de qualité de l’alimentation, mais de l’accès-même à l’alimentation, à la capacité de nos agriculteurs à poursuivre leur travail de nourricier.


S’adapter au changement climatique, c’est garantir un avenir vivable à toutes et tous, à nos enfants. C’est aussi se donner les moyens de renforcer nos solidarités, sans lesquelles nous ne pourrons y faire face, quand d'autres veulent les démembrer comme à Séné où l’on préfère fermer un centre social qui se porte en excellente santé financière.


J’ai voulu vous parler d’enfance et de jeunesse, je conclurai avec une proposition concrète partagée avec l’ANACR :

  • Nous regardons vers l’avenir, et plus que jamais, nous devons préserver notre devoir de mémoire : Monsieur le Président, pourriez-vous étudier la possibilité de financer intégralement les déplacements des collégiens du Morbihan pour qu'ils puissent se rendre au Musée de la Résistance de Saint Marcel pour leur programme de 3ème ?

Je vous remercie.

Groupe de Gauche et Ecologiste

Strollad Kleiz hag Ekologour

Conseil départemental

du Morbihan

Département du Morbihan

Groupe de Gauche et Ecologiste

2 rue de Saint-Tropez

56000 Vannes

Departamant ar MorBihan

Strollad Kleiz hag Ekologour

2 straed Sant Tropez

56000 Gwened

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