R1 - Budget primitif 2026
Mathieu Glaz
Finances
19 décembre 2025
Monsieur le Président, chers collègues,
Au terme de cette journée, je ne m’étendrai pas sur la situation nationale et ses incertitudes. Depuis notre débat d’orientations budgétaires, le sort qui sera réservé aux conseils départementaux ne s’est pas clarifié. Aux assises des Départements de France, le Premier ministre n’a pas varié sur ses positions, que ce soit sur le Dilico 2 ou la volonté d’aller vers un nouvel acte de décentralisation. Ce dernier consisterait, en résumé, à transférer de nouvelles compétences – les routes nationales, certains hôpitaux… – à des collectivités déjà exsangues. Charger encore plus des barques qui prennent l’eau : on est quand même chez les fous !
Ici, dans le Morbihan, pas de folies, c’est le moins qu’on puisse dire. On reste dans l’austérité la plus stricte, en se gargarisant entre les lignes d’être les meilleurs financiers. Pour le budget 2026, les recettes sont calculées avec prudence à hauteur de 776 millions d’euros. On peut raisonnablement s’attendre à un peu plus de grains à moudre, en particulier si l’Etat se dote du budget attendu. Le rapport évoque une possible hausse de la TSCA (taxe spéciale sur les conventions d’assurances), qui permettrait de mieux couvrir les besoins du SDIS. Les DMTO (droits de mutation à titre onéreux) sont inscrits pour un montant de 175 millions d’euros. On connait votre mesure en la matière. D’autres avant moi ont pu parler, il y a quelques années, « d’épargne de précaution » avec l’affichage au BP d’un montant loin de sa réalisation. Le marché de l’immobilier n’est plus le même mais on constate, depuis le début du mandat, que les montants encaissés ont toujours été au-delà des prévisions affichées au budget. L’exercice 2025 ne fera pas exception. La prudence n’interdit pas d’être optimiste.
Fidèle à vos marottes, vous mettez en exergue l’absence de création d’impôt nouveau. Il convient de relativiser : il y aura bien une augmentation de la fiscalité en 2026. D’abord parce que la hausse des DMTO va se poursuivre en année pleine. Ensuite parce que hausse de la taxe d’aménagement (votée en juin dernier) va entrer en vigueur au 1er janvier. Des décisions que nous ne contestons pas.
Mais, tel un hochet qu’on agite pour détourner l’attention, vous essayez de masquer cette réalité en évoquant à nouveau votre refus de la taxe additionnelle sur la taxe de séjour. Au risque de sauter à pieds joints dans le piège tendu – j’entends déjà votre refrain sur la gauche et les impôts –, je voudrais quand même faire entendre quelques arguments en faveur de ce dispositif et j’espère qu’au-delà des caricatures, vous me répondrez sur le fond du sujet.
Parmi les 80 départements à l’avoir instaurée, on trouve notre voisin le Finistère. Avec un nombre de touristes sensiblement identique au nôtre, il perçoit près d’1 million d’euros chaque année. Bon an, mal an, le Morbihan accueille 2,9 millions de touristes, dont près d’un sur cinq venant de l’étranger. Les sites qu’ils visitent, les routes ou les sentiers qu’ils empruntent sont en partie financés par le Département. Cette taxe additionnelle départementale viendrait utilement soutenir les politiques publiques en matière de tourisme, de valorisation du patrimoine ou de protection des espaces naturels (que la taxe d’aménagement peine à couvrir).
Au-delà du montant qu’on peut juger dérisoire – cette taxe pourrait rapporter plus d’1 million d’euros –, on peut lui prêter quelques qualités : son lien avec l’économie morbihannaise, sa prévisibilité et pérennité. Alors que vous déplorez la volatilité des recettes, une déconnexion entre l’action publique menée sur le territoire et les ressources fiscales, que vous nous servez le mot « attractivité » à toutes les sauces en y consacrant beaucoup d’argent public, il est curieux de ne pas se saisir de ce levier aux effets immédiats.
Sur le plan des dépenses, le Département voit à nouveau croître les crédits pour l’action sociale afin de couvrir ses compétences obligatoires. Ce sont là les signes d’une société en tension, où les plus fragiles peinent à voir leur situation s’améliorer. On ne rappellera jamais assez qu’investir dans l’humain aujourd’hui, c’est se prémunir contre des situations inextricables demain. Dès lors, on ne peut que regretter une nouvelle fois le manque d’ambition dans les mesures volontaristes, en particulier dans le champ de la prévention (contre la perte d’autonomie, dans les mesures éducatives pour la protection de l’enfance…), avec parfois des moyens humains insuffisants. Vous préservez dans le même temps les crédits pour la culture, le sport, l’environnement, ce qui est une bonne chose.
Les dépenses réelles d’investissements se maintiennent à plus de 168 millions d’euros. En l’absence de PST (programme de solidarité territoriale), pour la deuxième année consécutive, les investissements indirects diminuent, laissant les communes dans le désarroi à l’approche d’un nouveau mandat. En l’état de ce qui nous est présenté, l’ensemble de ces dépenses est couvert à 47 % par l’emprunt. Rappelons que pour la première fois depuis 2015, la dette de la collectivité a augmenté, la collectivité ayant eu recours à l’emprunt pour la première fois depuis 2019. Avec un encours de dette de 153 euros/habitant, le Morbihan reste toutefois un département avec des capacités d’action fortes.
Vous affirmez que la collectivité a atteint sa « capacité maximale d’intervention ». Faut-il y voir un renoncement à agir davantage au service des Morbihannais ? Nous ne saurions nous y résoudre et voterons contre ce budget.
Je vous remercie


