Orientations budgétaires pour 2026 - 1
Mathieu Glaz
Finance et ressources humaines
7 novembre 2025
Monsieur le Président, chers collègues,
Comme l’an passé, notre débat se tient dans un contexte incertain, alors qu’on tente de proposer un budget conciliant la nécessité de redressement des comptes publics et une plus grande justice fiscale, attente exprimée par de nombreux concitoyens, les Morbihannais que nous rencontrons tous ici et là, ne faisant pas exception.
Alors que l’examen du projet de loi de finances pour 2026 est en cours, les articles relatifs aux recettes des collectivités territoriales n’ont pas été abordés en séance par les députés et donc n’ont pas été amendés. Cela s’explique par la présentation tardive du texte et par une forme d’obstruction, pratiquée par les députés du soi-disant « socle commun », les élus LR en tête.
Il existe donc un fort risque que la potion aigre du Gouvernement – celle que vous avez retenue pour construire le budget 2026 – soit en définitive celle qui sera servie à des collectivités déjà mal en point. Les finances des Départements, qu’ils soient dirigés par la droite ou par la gauche, sont en grande difficulté. La situation est connue : l’Etat les contraint à toujours plus de dépenses et les prive dans le même temps des ressources nécessaires pour y faire face. Le modèle est à bout de souffle. Pour citer François Sauvadet, affreux gauchiste s’il en est (ndr : président UDI du conseil départemental de Côte d’Or, président de Départements de France, ancien ministre de N. Sarkozy) : « Nous allons droit dans le mur. »
Sans jouer les Cassandre, on connait l’adage : « qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage. » Gardons-nous de croire que l’idée d’assécher les finances des Départements pour mieux les faire disparaitre ait quitté l’esprit de certains de nos gouvernants. On aurait espéré par conséquent un peu plus de solidarité de votre part envers vos collègues présidents de conseils départementaux. Étonnamment, vous prenez simplement acte de la situation, comme une bête qui regarderait ailleurs, au milieu d’un troupeau qu’on mène à l’abattoir. On sent même poindre un côté « donneur de leçons », dans des propos liminaires aux airs de la fable de la cigale et de la fourmi.
Moins volontariste dans ses actions de solidarités humaines ces dernières années, après avoir appuyé sur le frein des investissements (arrêt du Programme de solidarité territoriale) et avoir actionné le levier des recettes en 2025 (hausse du taux des Droits de mutation à titre onéreux), la situation du Morbihan est plus favorable.
Dans un contexte de faible croissance et d’inflation contenue, vous prévoyez un budget 2026 dont le volume est en léger recul par rapport au budget primitif 2025 :
Les recettes de fonctionnement s’élèveraient (au moins) à 771 millions d’euros (- 0,6 % / + 4,6 % en neutralisant l’effet de la fusion des sections soins et dépendance des EHPAD), se maintenant grâce à la hausse des DMTO, qui devrait produire tout son effet en année pleine.
Les dépenses de fonctionnement s’établiraient à 695 millions d’euros (- 3,6 % /+ 3 %), toujours soumis à des dépenses obligatoires en hausse : les allocations individuelles de solidarité, l’aide sociale à l’enfance ou encore l’insertion, que n’équilibrent pas les coupes opérées, par exemple dans les politiques en faveur de la jeunesse.
Malgré leur baisse, les dépenses d’investissements (hors dette) seraient maintenues à un niveau important, à hauteur de 164 millions d’euros (contre 181 millions d’euros au BP2025).
Avec une dette qui remonte à plus de 100 millions d’euros, le Département demeure très en-deçà du niveau d’endettement des collectivités de même strate.
Dans un Département qui conserve une santé financière solide, face aux urgences sociales qui se multiplient, nos choix porteraient sur un vrai rééquilibrage entre fonctionnement et investissement, avec des propositions réalistes et solidaires, au cœur du réacteur des compétences départementales, comme mes collègues du groupe de gauche et écologiste l’ont évoqué précédemment.
Monsieur le Président, chers collègues, il est encore temps d’ouvrir les yeux et de réajuster la trajectoire du Morbihan !
Selon la formule consacrée, nous vous donnons bien évidemment acte de la tenue de ce débat, sans partager, vous l’aurez compris, les orientations proposées.
Je vous remercie.


