Rapport d'activité 2025
Boris Lemaire
Finance et ressources humaines
26 juin 2026
"Le Morbihan de demain – Un territoire résilient face aux défis climatiques et démographiques"
Monsieur le Président, Chers collègues,
Aujourd’hui, nous ne dressons pas simplement le bilan d’une année. Nous sommes réunis pour faire un choix. Un choix entre deux futurs pour notre département : celui du satisfecit de l’action menée, et celui de l’audace, qui fera du Morbihan un territoire pionnier, solidaire et résilient.
Le rapport d’activité 2025 que nous examinons aujourd’hui est riche en réalisations. Mais il est aussi, et surtout, un miroir tendu à notre collectivité. Et ce miroir nous renvoie une question simple, brutale : sommes-nous à la hauteur des défis historiques qui se présentent à nous ?
Premier défi : le dérèglement climatique, une urgence qui ne souffre plus d’attente
Le Morbihan est un département dynamique, attractif, où il fait bon vivre. Mais pour combien de temps encore ? Les scientifiques sont formels : d’ici 2100, la France et donc le Morbihan subiront un réchauffement de +4°C. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une certitude. Et cette certitude, elle se traduit par : canicules mortelles, sécheresses prolongées, inondations dévastatrices, montée des eaux. La semaine qui s’achève n’était pas ce que vivrons nos enfants en 2050 ou 2100 mais un petit teaser du film d’anticipation qui arrive bientôt car aujourd’hui c’est le monde d’avant avec +1,37°C, alors +2°C dès 2030, +2,7°C en 2050, +4°C à l’horizon 2100.
Face à cela, que faisons-nous ?
Nous avons accompagné de beaux projets d’assainissement et de restauration de continuité écologique. C’est bien. Mais c’est insuffisant. Aujourd’hui, seulement un tiers de nos masses d’eau sont en bon état écologique. Demain, avec +4°C, les conflits d’usage entre consommation domestique, touristique, industrielle et agricole exploseront. Hier, lors de la réunion préfectorale, l’on se posait la question du manque de pression en bout de réseau dans certaines exploitations agricoles, alors même que le flux des touristes n’est pas encore à son maximum.
Les inondations comme celles de l’hiver dernier dans le pays de Redon deviendront la norme, et non plus l’exception.
Ces belles réussites de 2025, doivent surtout être une source d’inspiration pour tous ces territoires qui hésitent encore à y aller.
Alors, que proposons-nous ? Nous proposons un plan eau ambitieux, parce que l’eau, c’est la vie. Restaurer nos zones humides, ces écosystèmes qui stockent 10 fois plus de CO₂ que les forêts et qui protègent nos territoires des inondations. Généraliser la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation ou le nettoyage des rues.
Cartographier les zones à risque et préparer un plan canicule pour nos collèges et nos EHPAD, parce que personne ne doit mourir de chaleur dans le Morbihan de 2050. Et je ne vais ouvrir le débat d’un modèle agricole qui ne pourra plus s’adapter car à 40°C dans un batîment les animaux meurent.
L’eau n’est pas une ressource infinie. C’est un bien commun, et nous avons le devoir de la protéger comme un trésor.
Deuxième défi : l’aménagement du territoire et ses mobilités, ou comment concilier fluidité et transition écologique
Nous avons inauguré 15 km de pistes cyclables en 2025, avec un objectif de 250 km d’ici 2033. C’est une avancée. Mais est-ce suffisant ? 31 km par an, c’est deux fois moins que la moyenne européenne. Et pendant ce temps, nous réintroduisons les 90 km/h sur 344 km de routes départementales. Comment peut-on, d’un côté, promouvoir les mobilités douces, et de l’autre, encourager la vitesse sur nos routes, facteur de surconsommation de carburant ?
Avec +4°C, les canicules rendront les trajets en voiture insupportables l’été, et les inondations couperont nos axes l’hiver. Les mobilités douces et collectives ne seront plus une option, elles deviendront une nécessité.
Alors, que proposons-nous ? Il nous faut accélerer sur le Schéma cyclable. Nous proposons de renforcer le Programme de Solidarité Territoriale également pour les territoires qui apaisent leur centre-bourg, pour sécuriser les rues et réduire les émissions. Nous proposons aussi d’intégrer au plan cyclable départemental un volet végétalisation pour limiter les îlots de chaleur.
Face aux inondations et recul du trait de côte, un renforcement du volet “entretien des routes” est maintenant primordial.
La révolution de changement de nos modes de transport n’est pas une lubbie.
Elle est une condition de survie pour notre territoire.
Troisième défi : Les solidarités dans un monde à +4°C. Le logement précarisé et le vieillissement démographique, ou comment préparer l’avenir sans laisser personne de côté.
La Maison départementale de l’autonomie avait réduit ses délais de traitement de 6,5 à 4 mois, malgré une hausse des demandes, et je veux saluer le travail remarquable de nos agents. Pourtant, force est de constater qu’en 2026 cette performance n’est pas durable puisque les délais ont déjà augmenté. Et le défi démographique à venir viendra aggaraver ces délais.
D’ici 2040, un Morbihannais sur trois aura plus de 60 ans. Et pendant ce temps, les canicules continueront de frapper, avec un impact mortel sur nos aînés.
Alors, que proposons-nous ? Nous proposons un plan Morbihan 2040 pour l’autonomie, climato-compatible. Insister encore et encore auprès des gouvernements pour des places supplémentaires en EHPAD et en habitats inclusifs, parce que le maintien à domicile ne suffira pas face aux canicules.
Revaloriser les métiers de la solidarité, parce que ceux qui prennent soin de nos aînés, de notre jeunesse en fragilité méritent notre reconnaissance et une juste rémunération.
Sans anticipation, les canicules creusent les inégalités et augmentent la mortalité.
Nous refusons ce scénario.
Le Morbihan à la croisée des chemins
Le rapport 2025 montre que le Morbihan sait agir. Mais agir ne suffit plus. Il faut anticiper, innover, oser.
Le choix est clair, et il est devant nous :
· Soit nous continuons comme aujourd’hui, et dans 20 ans, le Morbihan sera un territoire ingouvernable, avec des routes inondées, des seniors isolés, des jeunes précarisés.
· Soit nous agissons maintenant, et nous ferons du Morbihan un territoire pionnier, où la qualité de vie et la transition écologique iront de pair, où personne ne sera laissé de côté, où nos enfants et nos petits-enfants pourront vivre décemment.
Dans cette prise de parole, je n’ai pas parlé finances, me direz-vous.
La semaine que nous venons de passer nous invite à ne pas interroger uniquement notre nécessaire adaptation, mais également cette semaine nous interpelle pour un regard critique, calme, sans acrymonie ni défaitisme sur nos modes de vie. En matière de finances départementales nos choix d’investissement et de soutien financier à un monde qui n’est plus possible doit être interroger en profondeur.
Alors, Monsieur le Président, mes chers collègues et finalement je m’adresse aujourd’hui dans cette enceinte également à tous nos concitoyennes et concitoyens :
Êtes-vous prêts à relever le défi ?
Le conseil départemental a une double injonction face à ce défi. C'est le pape François qui l'a écrit dans le Laudato Si en 2015 paragraphe 139 :
"Il n'y a pas deux crises séparées, l'une environnementale et l'autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale."
Soit nous continuons à gérer le présent, et dans vingt ans, nos enfants nous maudiront.
Soit nous inventons demain, et dans vingt ans, alors ils prendront le relais avec encore plus de force que notre génération, peut-être nous remercieront-ils ?
Je vous remercie.


